24 août 2018

Publications

Game of Thrones : un droit si classique. Pour l'instant

par Marie-Anne Frison-Roche

Référence générale : Frison-Roche, M.-A., Game of Thrones, un Droit si classique, Document de travail, 2018.

Ce document de travail a été rédigé pour servir de base à un article à paraître dans l'ouvrage Game of Thrones et le Droit.

Pris sous le seul angle du Droit, il semble n'y avoir rien ni de très mystérieux ni de très de bouleversant dans Game of Thrones.

C’est une lecture de notre société. Parce que celle-ci y apparaît telle quelle, cela justifie que des propos tenus par des personnages se glissent désormais comme référence dans les opinions rédigées par les juges américains dans leur jugement, un juge faisant ainsi un lien entre le 1ier amendement et un propos de Tyrion Lannister. Dans cette série si minutieuse, le Droit y est décrit comme un élément du décor, lui comme le reste, un pilier sur lequel les personnes s'adossent,  un élément si familier qu’il attire à peine la lumière, cadre dont on reproduit les motifs en les malmenant quelque peu mais dont on garde les contours, sans les effacer ni les briser. Le Droit n’y est pas réinventé. 

Peut-être parce que le roman fût lui-même inspiré par l’Histoire britannique médiévale!footnote-1275, semée de meurtres perpétrés en famille pour une couronne qui ne restait jamais assez de temps sur la tête de l’assassin triomphant pour que le sang de sa victime ait eu le temps de coaguler avant que cette tête ne tombe à son tour, farandole que l’on retrouve dans ce jeu des trônes tournoyant autour du Trône de Fer. Shakespeare s'amusa de la même façon. 

Cette Histoire-là fût le théâtre de grandes fureurs déchaînées pour saisir des pouvoirs juridiquement organisés et non pas pour les remettre en cause. Elle vit se déployer de terribles stratégies pour s’asseoir sur le trône et non pas pour le renverser. L’on retrouve donc dans la série tout ce que l'on connaît :  institutions, règles, comportements et personnages. Classiquement. Dans le vacarme de ce jeu ensanglanté, il n’y a qu’un élément calme, si calme qu’il demeure le plus souvent implicite : le Droit. 

Si romancier et scénaristes avaient planté leurs griffes dans la Révolution française, dont le projet même était non pas de tuer le Roi pour lui prendre son trône mais de couper la tête d'une royauté de Droit divin et du Droit féodal et royal, il y aurait alors eu des intrigues légales et une épopée juridique. Les procès auraient été centraux. Alors qu'à celui de Cersei Lannister, elle est absente et préfère exterminer l'ennemi par le feu. C'est plus simple et plus sûr qu'une délibération juridictionnelle.   Lorsque Little Finger est vaincu, c'est au terme d'un procès simulé.  Ou bien encore, lorsque Tyrion Lannister passe en jugement devant son père pour un meurtre qu'il n'a pas commis, s'il demande à bénéficier d'une preuve d'innocence par l'ordalie, c'est pour être lavé de la faute d'avoir tué sa mère par sa propre naissance et d'être né nain, double méfait que son père veut lui faire payer. Non, ce n’est pas à ce jeu-là que le spectateur est convié.

A écouter bien des historiens, la série ne serait donc qu’un voile romanesque sur l'Histoire, une « fantaisie » jetée sur des situations éprouvées puisque les rois et chefs de bande les ont déjà menées dans la mémoire des peuples tandis que le vulgum pecus les a déjà subies. Même le dragon qui faire rêver les spectateurs était déjà présent dans la Légende d’Arthur, la brume d’Écosse n’étant que son souffle. 

Les allégories ne sont que hommage rendu à la réalité  : qui a un tempérament de feu aura le lion pour emblème, qui vit dans les bois aura le cerf pour totem et sera dévoré dans des noces sanglantes, qui survit dans le sable sous l'ardeur du soleil se reconnaît dans le serpent, qui affronte le froid a le loup pour compagnon, qui est fuyant comme le poisson le prend pour blason et a pour force militaire les bateaux. 

Le conte reprend bien des préceptes moraux de bonne conduite. Par exemple : qui se bat s’épuise tandis que celui qui s’unit avance. Après une si bonne instruction, que le Droit aussi reprend souvent

Dès lors, dans cette série emplie de surprises grandioses, de personnages épiques, de retournements, l'on ne trouverait donc que ce que l'on connaît déjà, il suffirait de soulever les déguisements, comme on le fait dans une fable. On y retrouve alors les règles juridiques classiques (I), la répartition classique des compétences institutionnelles (II), les procédures classiques de remise en cause des pouvoirs (III). Mais il est remarquable que la série ne soit pas encore finie. Or, ce qui va arriver ne renvoie-t-elle pas à des problématiques juridiques que nous ne maîtrisons pas et qui prennent la forme des "sans-visage" et des "morts qui marchent" ?

 

I LA MULTITUDE DE RÈGLES JURIDIQUES CLASSIQUES, TOUJOURS RESPECTÉES

  • L’inceste peut être accompli tant que la filiation n’en est pas établie.  Ce qui aurait été violent aurait été le mariage avec le père, mais cela n’a pas lieu.
  • Respect de la propriété privée
  • Respect de la dévolution successorale
  • Respect de la parole donnée

L

II LA REPARTITION CLASSIQUE DES COMPETENCES INSTITUTIONNELLES

  • Roi, Eglise, Armée, Commerçant, Université,
  • Hiérarchie féodale unifiant tous les royaumes (ce n’est pas le cas dans Star wars)
  •  

 

III LES PROCEDES CLASSIQUES DE CONTESTATION DES POUVOIRS

  • La contestation des pouvoirs au nom des droits humains par la mère des dragons
  • La contestation des pouvoirs au nom de la religion par le roi des moineaux
  • La déclaration de guerre comme mode de contestation des territoires

 

IV LE NOUVEAU SUR LEQUEL LE JEU DES TRONES POUR L’INSTANT INACHEVE N’A PAS PRISE

Le changement climatique : les morts qui marchent en apportant le froid

Les sans-visages : l’aptitude à prendre tous les visages et à tout faire impunément

 

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